Don Quichotte de Miguel Cervantes

Je suis ravie de vous retrouver pour notre petit moment littéraire hebdomadaire. Cette semaine nous partons en Espagne, dans chaleur assommante du désert de Castille, en un temps où les princes et les châteaux ne sont pas que dans les contes. Ici et là, quelques moulins à vent dans la poussière claire, à perte de vue…

Citations
Extrait d’une lettre ouverte de Béatrice à l’auteur

Où es-tu, Miguel ?
Pourquoi te caches-tu derrière ces dentelles ?
Aurais-tu à t’excuser d’être là, d’être mal né ?

Force? Faiblesse ?
Tour d’intelligence ou bien évitement ?
Vois-tu au loin l’enjeu allègrement te dépasser?

Le baroque fascine et agace, tu le sais
La fioriture et les noeuds et les guipures…
Cela ne te sied pas.
Pas même à Don Quichotte que je verrais plutôt dessiné d’un trait qu’on dirait Japonais.
Simple, essentiel (…)

DON QUICHOTTE AU CINÉMA : ORSON WELLES

Parmi les adaptations au cinéma qui se sont révélées devenir de véritables épopées, j’ai retenu le film d’Orson Welles dont le tournage a commencé en 1955, et s’est achevé autour de 1973.

23 ans de gestations et de tournages pour ce film expérimental, sans script et sans scenario, que le réalisateur a souhaité laisser s’écrire au fil de sa liberté créatrice.
Les péripéties et les obstacles n’ont pas cessé pendant toute cette période : les dates de sortie sont tour à tour reportées. Enfin prêt en 1964, le producteur insatisfait demande encore des modifications et diffère encore sa sortie ; Welles est à bout.
L’acteur principal Francisco Reiguera, républicain convaincu, est interdit d’entrée en Espagne. Âgé de 80 ans, il suit donc l’équipe de tournage du Mexique en Italie en passant par Paris. Le montage est défait puis refait sans cesse. À plusieurs reprises, Orson Welles est tout près de renoncer à son film.
Les rushes se multiplient, traçant en définitive une réflexion suivie du réalisateur sur l’Espagne, un « rêve éveillé », peut-être un peu à la façon de Don Quichotte ? ;-)

Le film ne sortira finalement jamais sous une forme achevée. Il nous en reste une dizaine d’heures de tournage, dans lesquelles on voit évoluer les personnages et le regard de Welles de façon insolite et même cocasse. Imaginez : dans les dernières séquences, on retrouve le vieil homme en costume avec sa lance et son casque étrange sur la tête, dans les rues de Paris grouillantes de voitures et prises dans leur frénésie bien actuelle… Une mise en abîme de Welles digne de celles dont notre cher Cervantès est passé maître !

DON QUICHOTTE AU CINÉMA : TERRY GILLIAM

Un autre projet de film s’apparente à une véritable épopée, il s’agit du film de Terry Gilliam intitulé L’homme qui tua Don Quichotte.

L’idée d’adapter le roman naît en 1990. Terry Gilliam imagine un premier scenario et monte le projet. Le tournage commence en 2000, avec Jean Rochefort pour incarner Quichotte, et Johnny Deep pour Sancho Panza.
Dès les premiers jours, contretemps et catastrophes s’enchaînent : une grave infection pour Jean Rochefort ; des essais militaires aériens dans la zone de tournage ; une improbable pluie diluvienne dans le désert ; une crise de hernie discale qui empêche Jean Rochefort de monter à cheval… Bref, un enchaînement tragicomique de mauvais coups du sort pousseront Terry Gilliam à abandonner le projet pour un temps.

Un documentaire de Keith Fulton et Louis Pepe relate cette incroyable aventure en 2003 : Lost in la Mancha, dont voici la bande-annonce :

En 2008, Terry Gilliam récupère les droits sur son scenario et réécrit son script pour reprendre un tournage en 2010, avec un nouvel acteur de renom à l’affiche : Ewan Mac Gregor. Quelques semaines après l’annonce de son film au festival de Cannes en 2010, le réalisateur perd son financement.

En 2011, le projet est repris avec un nouveau producteur, et à nouveau avorté. Nouvelle tentative, nouveau projet en 2016. Nouvel échec.
Terry Gilliam qui revient sur les lieux du tournage 16 ans après le premier projet et constate que sur place la plupart des gens qui ont participé ont vu leur vie se détériorer. « Certains sont devenus fous, d’autre alcooliques, d’autres se prostituent », confie-t-il à un journaliste. Troublé, mais pas résigné, il reprend une dernière fois le projet en 2017 qui cette fois aboutira enfin, pour une sortie en salle en mai 2018 :

À PROPOS DE DON QUICHOTTE

L’écrivain qui rouait de coups sa créature me faisait verser des larmes de colère. Et après les rossées, les défaites comme punition supplémentaire il lui ouvrait les yeux, l’espace d’une seconde, sur sa misérable réalité. Mais en fait, du haut de mes dix ans, je savais que c’était lui, Quichotte, qui avait raison : rien n’était tel qu’il semblait. L’évidence était une erreur, partout il y avait un double fond et une ombre. (page 18)

Erri de Luca, Les poissons ne ferment pas les yeux, 2010

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