L’herbe rouge de Boris Vian

« Voici un monde un peu ailleurs où le temps ne s’écoule pas, on l’on pourrait rester des heures à rire de n’importe quoi, un monde pas très loin d’ici et si loin de tous vous soucis ». C’est avec ces paroles de chanson, inspirées du roman que nous allons ouvrir aujourd’hui que je vous invite dans le monde improbable et fascinant de Boris Vian. L’herbe rouge, c’est le titre de ce livre drôle, sensuel, léger et terriblement angoissant.

Citations
Pseudonymes

Boris Vian a utilisé une multitude de pseudonymes : pas moins de 27 sont attestés ! Mais il se peut qu’il existe encore à ce jour des textes qu’il a signés et qui ne lui sont pas attribués.

Archives Cohérie Boris Vian, Paris, 2011 Exposition Mille visages de Boris Vian, à la BNF, octobre 2011-janvier 2012

Pour les articles de chaque thématique, il s’amuse à réinventer son nom en utilisant des anagrammes, en jouant sur les mots ou des références humoristiques à son époque. Baron Visi, Brisavion, Boriso Viana, Bison Duravi, Butagaz, mais aussi Honoré Balzac (sans la particule), Gédéon d’Éon, Doublezon, Zéphirin Hanvélo, Onuphre Hirondelle, et j’en passe ! Chaque nom a son histoire et sa spécialité d’écriture…

Le pseudonyme le plus connu est celui de Vernon Sullivan :
Profitant de l’engouement des français pour les thrillers américains, Boris Vian publie grâce à ce nom des romans noirs, dont la trame apparemment policière est prétexte à des scènes sexuelles et violentes qui ont choqué le public de l’époque.
Dans les premières éditions, il prétend avoir traduit les romans de cet auteur imaginaire, alors qu’il est en réalité le véritable auteur. Les conséquences de son espièglerie sont de taille : des ennuis avec le fisc et avec la justice s’en suivent. Après le succès de J’irai cracher sur vos tombes, en 1946, il se trouve accusé d’outrage aux bonnes mœurs et une série de procès lui vaudra en définitive une notoriété de scandale.

À lire :

Jeux sur les mots

Boris Vian s’amuse à façonner les mots, en associant les sons ou les sens, créant ainsi des néologismes qui renouvellent la richesse du langage. Il y a les mots-valise : Chouic (chou et chic), répondudit (Dupont et répondit), blairnifler (blairer et relifler), etc.
Mais aussi des mots composés insolites : un saute de vent, une pointe plante, un siphon à billes, etc. Et les charmantes associations d’idées : « l’air du matin frais pondu », « la rue crevait d’ennui par longues fentes », etc.

J’ai retenu un exemple de fantaisie verbale qui va plus loin :

« La bouteille vide ayant conscience de son inutilité totale, s’étrécit et se tassa, se tsantsa et disparut. » (page 78)

D’où vient donc ce verbe « tsantser » ? Boris Vian a traduit un roman de l’Américain : Le grand horloger, de Kenneth Fearing, dans lequel sont mentionnés des tsantsas, qui sont, en Jivaro, des têtes humaines momifiées et réduites.

Musique

Boris Vian écrit La complainte du progrès en 1956. Un regard amusé sur la société des années 50, à partager avec Jacques Tati ou Raymond Queneau.

Sémantique

À l’époque où il écrit L’herbe rouge, Boris Vian découvre l’ouvrage de l’américain Alfred Korzybski, qui proclame l’insuffisance du langage courant.

Boris Vian se passionne pour cet auteur qu’il cite souvent en exergue de ses romans, aimant préciser à sa suite que par exemple « le mot chien ne mord pas »…

« Il y a un liquide qui suinte sur les montants de la cage, dit Wolf.
– Ce que vous aviez sur la figure en descendant ? demanda Lazuli. Ce machin noir et collant ?
– C’est devenu noir quand je suis descendu, dit Wolf. Dedans, c’était rouge. Rouge et poisseux comme du sang épais.
– Ce n’est pas du sang, dit Lazuli, c’est probablement une condensation…
– C’est remplacer un mystère par un mot, dit Wolf. Ça fait un autre mystère, c’est tout. On commence comme ça, on finit par faire de la magie. » (page 88)

On n’est pas loin de Magritte qui depuis avant-guerre ne cesse d’explorer cette veine mi-surréaliste, mi-poétique.

René Magritte, La trahison des images, 1920

René Magritte, Le faux miroir, 1950

Musique

Restez dans l’univers de l’Herbe rouge en écoutant ce titre d’Alex Pardossi, extrait de son album Libéré, sur des paroles de Clara Nizzoli :

Pour acheter l’album d’Alex Pardossi, c’est ICI !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *